jeudi 18 avril 2013

Shanghai des années 30 dans Le Lotus Bleu

Article en lien avec le programme de TL/ES Les chemins de la puissance
Georges Remi, alias Hergé (RG), relate les tribulations de Tintin dès 1928, lorsque le directeur du quotidien belge Le XXe Siècle décide de créer un hebdomadaire destiné à un large public, Le Petit Vingtième. Tintin au pays des Soviets parait ainsi sous forme d'épisodes. Les aventures débutent, traduites aujourd'hui dans toutes les langues, référence classique de la Bande Dessinée. Selon André Malraux, De Gaulle aurait même déclaré : "Mon seul rival international, c'est Tintin !"
page 43
    Le Lotus bleu, cinquième album, publié entre 1934 et 1935 en noir et blanc puis en couleur en 1946, occupe une place toute particulière dans l’œuvre d’Hergé, premier chef-d’œuvre et surtout album engagé, à contre-courant des articles publiés par les médias européens de cette époque. La Chine reste méconnue du grand public occidental en ce début des années 30.  Les Européens cherchent à maintenir leurs positions dans les concessions, conservées y compris depuis la déclaration de la République en 1912 et  contestées par les mouvements du 9 mai 1919. La jeune République de Chine ne parvient pas à s’imposer dans un contexte confus de guerre civile entre partisans nationalistes (depuis Nankin) et communistes (depuis Shanghai). Les prétentions japonaises sur la Chine ajoutent à cette confusion politique.
Hergé n'hésite pas a dénoncer les abus et préjugés des Européens dans cet album (extrait page 43).
Le Lotus bleu se déroule à Shanghai en 1931 lorsque les Japonais s'imposent de force en Mandchourie (l’épisode de l’explosion raconté pages 20 à 23 de l’album leur sert de motif à l’occupation militaire jugée alors protectrice pour les intérêts Européens). Hergé transpose l'incident de Mukden à Shanghai.
page 22

L'auteur a découvert la culture chinoise, ses revendications auprès de Zhang, étudiant en arts. Hergé et "Tchang"(dans l'album et dans Tintin au Tibet) rédigent Le Lotus bleu à quatre mains. Le jeune étudiant chinois réalise les calligraphies ponctuées de slogans nationalistes (l'hymne nationaliste aujourd'hui de Taiwan repris aux pages 6 et 7 ou des extraits de poèmes lors de l'altercation avec un Européen ou dans les panneaux affichés page 26 et aux côtés de la publicité barrée de la page 32), et  guide l’esprit de l’album dénonçant les excès de la présence des Européens, des Japonais à Shanghai. Les deux hommes choisissent une fin plus heureuse puisque les Japonais quittent la ville. 
En 1936, Zhang repart en Chine pour y ouvrir un atelier. Traversant la guerre puis l’avènement de la République populaire de Chine en 1949, la Révolution culturelle (devenant balayeur) dans les années 60, il lui faudra attendre les années 79 pour retrouver son statut d’artiste à Shanghai. Il réalisa des œuvres de propagande communiste. Dans les années 80, invité en France, il renouera brièvement avec Hergé, et s'installe en France où il y est enterré (INA archives). 



lundi 11 mars 2013

Comics et chemins de la puissance américaine

Planche de timbres publiés en 2006


Les Comics apparaissent dans les années 30 (juste après le krach de Wall Street) et se diffusent en feuilletons dans les publications mensuelles bon marché destinées aux adolescents et adultes. Les histoires vécues par ces héros se déroulent dans un monde proche de celui des lecteurs : mégalopoles, mondes industriel et scientifique où le capitalisme triomphant conduit les individus à toutes les extrémités. Les super-héros combattent le mal rétablisant l’ordre, la liberté par la force.
L’identité des Super-héros
Captain America se drape des couleurs américaines comme Wonder Woman (le rouge, le bleu, le jaune étaient les plus simples à publier jusque dans les années 60). Les identités de ces surhommes évoluent parallèlement aux problématiques des Etats-Unis. Captain America incarne la seconde génération des émigrants écossais, pauvres mais droits qui débarquèrent pour un « monde meilleur », tandis que Peter Parker alias Spiderman, élevé par sa tante et son oncle, serait le fils d’espions américains morts en service.
Leurs ennemis ou « super-vilains » incarnent le mal : pendant la Seconde Guerre mondiale le nazisme, dès la fin des années 40 les communistes, depuis les années 2000 le terrorisme international.
Evolution des comics book
Les Comics (ou funnies, c’est-à-dire dessins humoristiques) apparaissent à la fin du XIXe s, publiés alors en bandes (strips) au bas des magazines qu’ils illustrent. Ce n’est qu’après 1929 que le genre se singularise avec Tarzan et Buck Rogers, puis en 1938 avec Superman. Face au succès, National (éditeur des Comics) rachète All America en 1944 et ses autres concurrents concentrant rapidement les éditions du genre en un unique groupe D.C (Detective Comics).
Couverture datée de 1943

Des thèmes choisis dans le vécu des lecteurs
Les luttes évoluent selon les époques et les crises. La course aux armements ou les dangers d’une science sans limites ponctuent les feuilletons des années de Guerre froide. Le succès de ces publications va de pair avec la méfiance du Sénat ou des milieux politiques. Les Comics servent même aux caricaturistes du système américain. Le cinéma s’empare des histoires surtout à partir des années 70. Et D.C adapte en album ses publications dès lors abandonnant en partie le format mensuel d’une vingtaine de pages.
En lien, vous pourrez lire un article paru en 2011 n’hésitant pas à relier la fin de Peter Parker à l’arrivée de B. Obama dans les pages culture d’un quotidien gratuit.
Document ci-contre: extraits d'un "one shot" de 5 pages publié en 2009 pour l'investiture d'Obama (scénario de Zeb Wells et dessins de Todd Nauck).

mardi 26 février 2013

Wolf Biermann parcours d'un chansonnier allemand engagé

 2009, W. Biermann
 La vie et l'oeuvre de cet artiste de chansons populaires illustrent bien l'un des bouleversements à l'étude du nouveau programme de TES et TL -Thème 2 "socialisme, communisme et syndicalisme en Allemagne" après 1945. Allemand de l'Ouest, issu du milieu ouvrier de Hambourg, il devient un ardent défenseur du socialisme, s'installant en RDA en 1953. Considéré comme dissident dès 1963-1965, il est poussé à l'exil en RFA après 1976. Ce n'est qu'après la chute du mur (9 novembre 1989), en décembre 1989, qu'il retourne vivre à Berlin.

L'enthousiaste militant
Wolf Biermann nait à Hambourg en 1936, d'un père mécanicien au chantier naval. Résistant communiste et juif, ce dernier est déporté à Auschwitz en 1943.
Sans doute peu après 1948, Wolf Biermann s'engage dans les FDJ (Frei Deutche Jugend "Jeunesse libre allemande") participant au rassemblement du mouvement en RDA. Les FDJ sont supprimées en 1951 à l'Ouest (elles comptaient environ 30 000 membres). Elève studieux, il débute ses études au lycée de Hambourg- fait assez rare chez les enfants d'ouvriers- mais décide de quitter sa mère en 1953 (à 16 ans) pour rejoindre la RDA, convaincu par l'idéal socialiste. Il adhère au SED, suit des études supérieures tout en occupant la fonction de régisseur assistant au Berliner Ensemble. Il y rencontre Hanns Eisler (élève de Schönberg). Le compositeur détermine sa future carrière. Eisler vient de composer l'hymne de la RDA, se pose en musicien du réalisme socialiste de RDA et de Brecht. W. Biermann se tourne définitivement vers l'écriture de chansons après l'interdiction de produire en 1963 une pièce sur la construction du mur de Berlin au Théâtre des travailleurs et étudiants de Berlin-Est (ost-Berlin Arbeiter-und Studentheater qu'il venait de fonder en 1961). Le parti le raye de ses membres.
Artiste de RDA reconnu en RFA
Il se produit à l'Ouest comme chanteur engagé auprès des jeunes étudiants. Dès 1965, les vagues de censures décidées par le parti lui imposent l'interdiction de jouer en concert, de publier ses écrits "non conformes aux idéaux socialistes" (cf H. Yéche, in l'identité déchirée de W. Biermann) mais demeure très populaire en RDA (ses disques et écrits se diffusent au marché noir).
1976 exil forcé en RFA
En 1976, W. Biermann apprend à Cologne, à l'issue d'un concert donné pour les métallurgistes, sa déchéance de RDA. Il est contraint à l'exil à l'Ouest avec son épouse et sa belle-fille (la future chanteuse Nina Hagen).
Et lorsque j'ai été exilé 
D'Allemagne en Allemagne
Les choses ont changé pour moi
Si peu, hélas, et tellement
J'ai dans mon propre corps
Fait cette expérience brutale :
Passé de mon plein gré d'Ouest en Est
Contraint de retourner d'Est en Ouest
(première strophe de "Deutsches Miserere" en 1978)
Amer retour à l'Est en décembre 1989
Découvrant des milliers de pages sur ses activités quotidiennes dans les dossiers de la Stasi à l'Est, et non convaincu par le capitalisme, il se tourne vers cette vie passée en composant Berliner Liedchen, une chanson morose sur l'état d'esprit de nombreux Allemands dans les années 90.
Petit chant de Berlin   (vidéo en lien)                                       
L'Ouest est meilleur                                                           L'Est est plus mauvais
L'Ouest est plus coloré                                                      L'Est est plus gris
Et plus beau et plus top                                                    Et les chances sont minces
Et plus riche et libre                                                          Et le besoin est grand
Et malgré tout                                                                    Et malgré tout : 
Je te dis la vérité :                                                             Le rêve de la Commune
L'Ouest n'est pas non plus-ce qu'on fait de mieux      Etait seulement endormi et pourtant
                                                                                              -est loin d'être mort
Biographie en lien

mardi 19 février 2013

Socialisme, communisme et syndicalisme en Allemagne depuis 1875

Dans le thème 3 d'histoire du programme des TES et TL, "Idéologies, opinions et croyances en Europe et aux Etats-Unis de la fin du XIXe siècle à nos jours", "socialisme, communisme et syndicalisme en Allemagne depuis 1875" pose la question de la centralité du travail et des partis ouvriers dans la démocratie sociale allemande depuis le 1875. A la fois complexe et riche, ce chapitre a fait l'objet d'une émission de la Fabrique de l'histoire du mardi 6 novembre 2012 à podcaster sur le site de France Culture.
Les invités en étaient Sandrine KOTT (professeure d'histoire contemporaine de l'Europe à l'université de Genève, spécialiste de l'histoire du travail et des politiques sociales en Allemagne) et Michel Christian (docteur en histoire contemporaine, spécialiste de l'histoire sociale des partis communistes en RDA et Tchécoslovaquie).
En rappel, vous pouvez accéder au résumé en podcast de ce cours sur le site de votre manuel d'histoire.
Pour approfondir votre cours, vous pourrez consulter les sites suivants :
Sur le Spartakistes, une fiche et une courte vidéo.
Non à Hitler (site de l'exposition : la Résistance du mouvement ouvrier et des syndicats allemands entre 1933 et 1945), le catalogue à télécharger en version pdf.
N'oubliez pas l'accès via l'ENT à l'Encyclopedie Universalis

mardi 5 février 2013

London Shard, mettre en scène le pouvoir dans une ville globale

La tour la plus élevée d'Europe mesure 310 mètres et participe au skyline, vitrine du quartier sud de la Tamise, face à la City (premier CBD, le second est Canary Wharf).
Les villes de rang mondial poursuivent une course à la verticalité alors même que le terrorisme avait frappé le 11 septembre 2001 le symbole même de la puissance financière à New-York. Le Shard est la première tour mixte de Londres, ville dans la ville en abritant à al fois un hôtel, des bureaux, des commerces et des logements. Le projet parisien de Jean Nouvel dans le quartier proche de la ZAC Paris Rive Gauche véhicule en partie de semblables débats d'opinion dans les médias.
capture écran brochure de marketing urbain en lien
 Cette photographie, choisie pour illustrer la brochure de marketing urbain (contribuant à attirer les entreprises) de la tour Shard, contribue à mieux saisir les débats :
- mettre en scène le pouvoir financier et économique des entreprises proches du quartier d'affaire de la City
-densifier le quartier avec une tour bâtie directement sur la  London Station pour limiter les déplacements automobiles en centre urbains (Londres a déjà aménagé un péage en 2005) et contribuer aux déplacements en transports en commun 
-favoriser la mixité sociale pour rompre une ségrégation socio-spatiale forte des quartiers au Sud plus populaires, délaissés par les projets urbains des dernières années
-occulter des monuments de la ville alimentant les conversations comme "épine dans le coeur de Londres".
Son inauguration en février 2013 a suscité l'admiration de ceux qui en espèrent à la fois des retombées touristiques (même si le billet pour se rendre au sommet panoramique coûte 130 euros au visiteur adulte n'ayant pas réservé sur le site dédié) et y lisent une nouvelle page d'histoire de l'urbanisme à Londres. La capitale, depuis les années 70, ne cesse de réaménager son espace, passant d'une ville marquée par l'industrialisation et ses fonctions de commerce à une capitale innovantes (avec des réalisations se posant en modèles comme le furent le Grand Londres ou  le quartier BEDZED, l'aéroport de la City plus en aval de la Tamise, le quartier olympique dernièrement). Cette politique rompt avec la patrimonialisation du centre des villes européennes.
Un article pour approfondir le sujet en lien.

mercredi 14 novembre 2012

"Pays émergents", mais qui sont-ils ?

Dresser la liste des pays émergents peut relever du défi et parfois du casse-tête. Combien sont-ils ? Comment les définir ?
Ce billet vous propose quelques pistes de réflexion sans toutefois fournir "la" réponse : "L'émergence est devenue le concept facile pour évoquer ces pays aujourd'hui solidement assis sur leurs bases économiques, alors même qu'on pourrait les considérer comme déjà émergés si l'on conservait la définition littérale di concept." (Sylvia Delannaoy, Géopolitique des pays émergents, Paris, PUF, 2012).

Quelques caractéristiques communes retenues pour les distinguer des autres pays du Sud :
-une croissance économique forte conduisant à une élévation du niveau de vie de leurs populations et être en mesure de menacer la position des pays dominants traditionnellement les relations internationales (Jean Coussy, économiste): lecture géoéconomique,
-une élévation de leur budget défense : lecture géopolitique.

Une histoire de l'émergence économique et politique :
-l'émergence comme concept socio-économique née en 1981 (Antoine Van Agtmaël) qui emploie "marchés émergents" pour parler de pays du Sud en forte croissance économique
-née de l'après 11 septembre 2001, la notion de BRIC (acronyme pour Brésil, Russie, Inde et Chine) apparait pour la première fois dans la campagne de promotion pour des produits financiers dans les pays du Sud de la banque Goldman Sachs
-2008 premier sommet des BRIC à l'initiative de la Russie pour s'opposer à l'indépendance du Kosovo accordée par les pays occidentaux
-depuis 2009, les BRICS (l'Afrique du Sud en plus) se réunissent autour de sommets internationaux pour porter leurs voix- ils forment 45 % de la population mondiale et 1/4 de sa richesse
-Mars 2012 à New Delhi création par les BRICS d'une banque de développement échappant ainsi au contrôle du FMI et de la Banque mondiale.

Cartographier l'émergence :
-La carte du G 20 constitue un élément de réponse en retenant les BRICS et les puissances nouvelles associées depuis la fin du G8.

copie écran carte du site data
Sites utilisés pour réaliser le billet : article site académie de Paris (portail histoire géographie éducation civique), CLES (hebdomadaire d'analyse géopolitique de l'ESC Grenoble)


jeudi 1 novembre 2012

Comprendre les enjeux des élections présidentielles américaines

Ce sont les derniers jours avant l'élection des grands électeurs le 6 novembre puis l'investiture et la prise de fonction le 20 janvier 2013 du prochain président américain. La constitution américaine (datée de 1787 et appliquée depuis 1789) reste l'une des toutes premières instituant une démocratie. Son fonctionnement n'a subi que peu de changements alors que dans le même temps le territoire américain passait de treize à cinquante Etats. Elle fonde la souveraineté du peuple. Ses vingt-sept amendements lui permettent les adaptations indispensables à une société en pleine évolution (le dixième précise d'ailleurs les pouvoirs transférés à l'échelon fédéral de ceux maintenus dans chaque Etat). Aujourd'hui, les choix politiques, économiques ou sociaux relèvent davantage de l'Etat fédéral réponse aux grandes crises traversées par le pays au XXe s (crise de 1929, la Seconde Guerre mondiale, la guerre du Vietnam...).
Dans le souci de vous fournir quelques bases nécessaires au décryptage de l'information, le site en lien "Elections présidentielles américaines" devrait combler quelques lacunes.
De même, de courtes vidéos (interviews de spécialistes) livrent des clés supplémentaires sur les points suivants : le régime présidentiel américain, les pouvoirs du président américain, l'évolution du pouvoir du président, le président dirige-t-il seul ?, comparaison entre président en France et aux Etats-Unis.